En tournée européenne, Jean Charest a dû se porter à la défense du projet
hydro-électrique sur la rivière Romaine, après que l'écrivain Jean-Marie Gustave Le Clézio l'eut qualifié de « monstrueux » dans les pages du Monde.
Dans une longue lettre ouverte publiée jeudi, le Prix Nobel de littérature soutient que la construction des quatre barrages va détruire une grande partie de la Romaine et priver le peuple innu de son milieu de vie. Il accuse même Hydro-Québec de faire « miroiter la promesse d'une amélioration économique, d'emplois pour la jeunesse » pour rallier les communautés autochtones.
En point de presse à Paris, Jean Charest a pris soin de rappeler que quatre communautés autochtones appuient le projet,
en brandissant une lettre de soutien d'un chef innu.
Il a par ailleurs accusé Le Clézio de faire preuve de paternalisme lorsqu'il insinue qu'Hydro-Québec a acheté la paix auprès des autochtones. « Il ne faut pas infantiliser les Premières
Nations, il faut avoir du respect pour elles », a-t-il dit.
Il offre d'ailleurs à l'écrivain de venir au Québec pour les rencontrer.
La meilleure façon de l'aborder, c'est de permettre à M. Le Clézio, qui exprime un point de vue, de parler avec ceux
qui sont les premiers concernés. Pourquoi serions-nous sur la défensive dans un projet auquel on croit?
— Jean Charest
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Jean Charest, en point de presse à Paris, jeudi |
Pour ce qui est de l'impact écologique du projet, M. Charest n'a pas cherché à le nier. « Une des réalités de la vie, c'est qu'il n'y a pas d'absolu dans le domaine de l'environnement. Il y
a des impacts à tout ce que fait l'homme sur la Terre. Il n'y a pas d'utopie. Et dans le cas de l'hydroélectricité, il y a des conséquences », a-t-il convenu, tout en ajoutant qu'elles sont
beaucoup moins nocives que celles du pétrole, du gaz naturel ou du charbon.
Les critiques adressées au mégaprojet de la Romaine tombent à un mauvais moment pour M. Charest, qui achève sa tournée européenne. Durant une semaine, il a présenté le Québec comme un modèle de
vertu écologique.
Ironie du sort, c'est aussi jeudi qu'il s'est entretenu avec Yann Arthus-Bertrand, le réalisateur du film Home,
un plaidoyer cinématographique pour la protection environnementale.
À la sortie de leur rencontre, M. Arthus-Bertrand a dit ne rien connaître au mégaprojet de la Romaine, mais que la construction de grands barrages n'est pas une solution viable. « Les grands
barrages sur les rivières empêchent les biodiversités de bouger d'un côté comme d'un autre. C'est un peu comme quand on met un caillot sur une veine . »
Bilan de tournée
M. Charest termine sa tournée avec un bilan, somme toute, plutôt mince.
Son seul véritable gain est l'appui de la France sur la question des changements climatiques. Jean Charest demande que
les États fédérés soient reconnus comme des interlocuteurs de premier plan lors du prochain sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique. Lors de son
escale parisienne, mercredi, le premier ministre, François Fillon, lui a fait plaisir en
affirmant que le Québec devait se faire entendre.
Jean Charest a aussi profité de sa rencontre avec son homologue français pour discuter des accords de reconnaissance mutuelle des qualifications et de mobilité de la main-d'oeuvre. Les deux
hommes ont convenu de mettre en branle de nouveaux accords début 2010.
Durant son voyage, le premier ministre du Québec a aussi fait la promotion de l'éventuel accord de libre-échange Canada-Union Européenne, en Belgique, puis en Bavière, dans le sud-est de l'Allemagne.
Jean Charest a aussi abordé le sujet délicat de la chasse au phoque et des perceptions avec le commissaire à l'Environnement de la Commission européenne, sans résultat concret.
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